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À l'occasion du Tricentenaire de la Guerre des Cévennes 17O2 / 2OO2, retrouver l'Histoire, les lieux, l'émotion, la trace

L'univers Camisard

STAGES D'ÉCRITURE LITTÉRAIRE

En 1685, Louis XIV révoque l'Édit de Nantes et commence à persécuter les Protestants. Après avoir connu les dragonnades, les conversions forcées au catholicisme, et les galères, quelques jeunes paysans Cévenols et des prophètes du désert se rebellent dès 1702... La Guerre des Camisards enflamme alors les Cévennes pour la défense de la liberté de conscience... La plus grande armée d'Europe mettra plus de cinq ans pour rétablir l'ordre monarchique en Languedoc... En terre cévenole, le souvenir de ces femmes et de ces hommes déterminés perdure, d'une vallée à l'autre...

Le Désert du curé Gauthier

Histoire camisarde

Atelier d'écriture romanesque dirigé par Alain Bellet

Valleraugue, Cévennes, août 2002, avec Anne, Françoise, Jacqueline, Alain, Guy

Cette journée d'automne s'annonçait belle. Une légère brise soufflait dans les châtaigniers et Rolande gardait son troupeau de chèvres dans les prés qui dominaient le château de la Bécède. Elle était assise là depuis plusieurs heures déjà : les animaux divaguaient au gré des touffes d'herbe et les chiens surveillaient le troupeau avec des jappements joyeux mais autoritaires.

Rolande avait donc tout le temps de réfléchir aux derniers événements qui s'étaient déroulés. Son livre de psaumes à la main, elle ouvrait et fermait les pages, tour à tour en proie à une rage sourde puis à une tristesse profonde.

Elle, la fille du prédicant, elle ne comprenait plus. Remettant son châle d'un geste impatient, elle se leva pour regarder autour d'elle : cette nature si belle, ces montagnes, pourquoi sont-elles le cadre de luttes, pourquoi ces déchirements ? Pourtant elle revoyait quelques amies auparavant, le village où elle était née, où elle avait grandi. Petite fille, elle courrait la montagne avec ses grandes nattes brunes ; le soir, à la veillée, elle écoutait les villageois discuter de leur journée, puis on ouvrait l'Evangile et c'est là qu'elle apprit pour la première fois le mot tolérance.

 

Tolérance ... Voilà le mot qu'elle recherchait ... Voilà la lutte, sa lutte. Pourquoi n'aurait-elle pas le droit elle aussi de participer aux débats qui animent tous les hommes de la vallée ? Sa décision était prise et, remplie de cette nouvelle force, elle siffla ses chiens pour qu'ils ramènent le troupeau. Elle savait qu'elle allait surprendre, peut-être même se faire rejeter. Qu'importe. Les yeux bruns luisaient d'une détermination forte, inébranlable.

*

* *

Posté sur le rocher de Gache, absorbé dans la course folle des nuages dévalant de l'Aigoual, fasciné par les jeux d'ombres courant sur la forêt où se cachaient son père et son grand frère, Jean ne vit pas luire les mousquetons de la troupe qui était apparue derrière lui, au col de l'Elze.

Maintenant, silencieuse, reprenant haleine après la rude montée depuis Taleyrac, elle s'apprêtait à fondre sur le petit bourg. Il était trop tard pour frapper la grosse marmite, signal du danger. Jean se laissa couler le long du rocher jusque sous un jeune châtaignier. Le cadis brun de son manteau se confondait avec les couleurs de l'automne. Habitué à se déplacer ainsi, le jeune braconnier pu bientôt prendre le pas de course sur le chemin herbu.

Ce n'est que lorsqu'il aperçut en contrebas la rivière qu'il vit sur le grand chemin menant au village un détachement de soldats se préparant à passer le vieux pont de pierre. De l'autre côté, le maire et les consuls, chaperons en tête, s'apprêtaient à leur faire aussi bonne figure que la peur des représailles des enragés religionnaires le leur permettait. Précédé du fifre et du tambour, l'officier retenait légèrement son cheval, suivi de près par trois autres cavaliers ; venait ensuite une triple colonne des dragons de Flandre dont les hautes statures se prolongeaient encore par les imposants mousquets luisant au soleil de l'après-midi.

- Messieurs les consuls, je vous salue de la part du capitaine de Maubuis qui sera ici demain, d'ordre du roi et de monseigneur l'intendant. Il demeurera quelque temps chez vous avec sa compagnie."

Sans descendre de monture, il tendit au maire une lettre scellée, sans comprendre ni entendre les platitudes du bredouillant magistrat.

Jean avait vu la scène et, sans entendre les propos du brillant cavalier emportés par le torrent grossi des dernières pluies d'automne, il avait compris que la petite escouade annonçait une des plus vilaines plaies de la guerre : le logement des troupes chez l'habitant. Il fallait donc que la communauté ait bien péché pour que Dieu lui envoie cette horde de sauterelles ! Jean savait bien que c'était à cause de ces hommes de peu de foi comme le maire et le petit groupe de notables qui l'entourait que la punition allait s'abattre sur tout le troupeau. Ainsi, le Tout-Puissant avait-il frappé l'Egypte entière parce que Pharaon refusait la liberté au peuple de Dieu.

Les propos enflammés du prédicant, l'autre nuit au mas de Méjanel, revenaient avec la force du tonnerre. Il y avait retrouvé Etienne Salles, son père, et Josué, son aîné. Encore une fois il les avait suppliés de l'emmener avec eux.

- Non, tu es trop jeune et l'hiver s'annonce bien tôt cette année, et des plus rudes. Tu nous feras passer les provisions que tu prendras au curé. Puisqu'il t'a pris à son service pour te convertir, tu nous aideras ainsi.

 

Derrière lui, quelques branches craquèrent ; trois jeunes hommes de la troupe des insurgés s'étaient approchés tandis que les autres s'était repliés derrière la crête, sous le col.

- Adieu, Jeannot, souffla l'un d'eux. Heureusement que tu n'as pas donné l'alerte, ils nous auraient tirés comme des lapins !

 

- Et qu'est-ce que je vais leur dire, maintenant ?

- Rien ! Personne ne nous a vus ; il n'y avait que toi qui pouvais nous voir. Maintenant, on est parti. Remonte vite à ton poste. Ils vont bientôt envoyer quelqu'un pour te relever."

*

* *

Arrivé depuis quelques heures à Valleraugue, Julien regardait attentivement les eaux de la rivière qui roulaient de nombreuses pierres noires avec conscience...

Ce bourg lui semblait désert et il se demandait ce qu'ils allaient faire dans cette contrée réputée hostile. Le ciel était couvert, et Julien de Sallys s'éloigna du reste de la troupe pour laisser ses pensées voguer à leur gré... Machinalement, le jeune officier ajusta d'un geste de la main la perruque poudrée déstabilisée par la longue chevauchée qu'il venait d'effectuer depuis Alais... Sa tunique rouge aux brandebourgs dorés était encore couverte de la poussière du chemin, mais il s'en moquait bien, il n'allait pas rendre visite à Mlle de Rambert, la fille du vieux marquis qu'il aimait secrètement depuis quelques mois...

Les yeux suivant la ligne de crête des montagnes alentour, le jeune officier du régiment de Flandre se dit alors que l'étrange mission que le surintendant lui avait confiée n'était pas digne de ses compétences ! Mater des bergers révoltés, c'était ouvrage de basse police et il avait une autre vision des choses de la guerre...

Son regard bleuté devint soudain plus grave. A vingt-huit ans, le beau lieutenant n'avait jamais été confronté à des civils révoltés et le travail qui l'attendait le dérangeait. " On ne fait pas la guerre à des paysans" se dit-il alors, en tentant de se faire une idée plus personnelle des enjeux d'une mission peu ordinaire... Au fond, il n'avait jamais compris pourquoi le roi avait révoqué l'Édit de Nantes... Il était encore enfant, et c'était un sujet que son père, Bertrand de Sallys, n'aimait guère aborder. "Le c¦ur et les pensées des sujets n'appartiennent pas au Roi ! " avait-il tonné un soir de réception dans leur manoir installé depuis des générations à quatre lieux de Boulogne sur mer.

S'approchant davantage du lit de l'Hérault, Julien de Sallys repensa un instant à la seule Huguenote qu'il avait rencontrée dans sa vie, et qui pour l'heure naviguait sans doute vers les Amériques... Elle avait fui l'absolutisme et lui le servait. Cette idée le troubla un instant mais très vite, il redressa son buste musclé, arrangea les plis de son écharpe de soie blanche et s'assura de la bonne fixation de son épée.

Le soleil déclinait et il devait s'assurer de l'hébergement de ses soldats.

Maintenant, quelques bourgeois s'étaient assemblés vers le pont de la Confrérie. "Versailles est si loinŠ" pensa-t-il encore avant d'entreprendre ce qu'il détestait le plus : expliquer aux notables ce qu'il attendait d'eux. "Huguenots, convertis, nouveaux convertis, peu me chaut" se dit-il encore, estimant que la droiture des hommes était plus importante que leur croyance intime... Honneur, respect, honnêteté, toutes ces valeurs ancrées en lui depuis le collège Sainte-Geneviève l'animaient. "Ce qui manque à la Cour, si j'en crois les pièces de Monsieur de Molière...".

*

* *

Le soir même, le jeune garçon s'affairait dans la cuisine du maire où son curé avait été convié à dîner avec les officiers et les Messieurs du Conseil. Il suivit Grospierre dans la réserve, derrière l'office, où le cuisiner leva haut sa chandelle. Jean vit, ébahit, les guirlandes de jambons et de saucissons le long des poutres. Le brave curé Gauthier ne rechignait pas à lui donner sa pitance, mais les revenus déjà faibles de sa paroisse, encore amputés de la part revenant aux chanoines de la Rouvière, suffisaient à peine à fournir un peu d'aide aux plus pauvres. Et le curé Gauthier essayait de les secourir tous, anciens ou nouveaux catholiques.

Les officiers avaient fait mettre en perce un petit tonneau d'étrange vin, chaud et parfumé, qu'ils avaient apporté pour égayer leur séjour dans cette austère contrée. Bien sûr, Grospierre y avait goûté ; surpris par l'arôme puissant, il a fait à nouveau lampé le fond d'un flacon. Le rhum avait foudroyé le vieux cuisinier qui ronflait maintenant sur la table.

Jean n'eut pas de peine à lui prendre la clé de la réserve. Il y chargea une hotte de charcuteries et fourra encore dans un sac de belles miches de pain frais. La cuisine donnait sur le jardin et c'était là que l'attendait le curé Gauthier. De saisissement, Jean faillit choir avec son chargement, mais le vieux prêtre lui tendit la main :

- Tiens ! Prends encore ceci, donne-le à ton père ... Et dis leur bien que je prie pour vous chaque jour !

Jean saisit la main qui tendait un petit mousquet ; il souffla :

- À bientôt, mon Père, gardez-vous bien !

Il se glissa entre les rangs de choux jusqu'au surplomb de la rivière, sauta de pierres en rochers au-dessus de l'eau bouillonnante, maintenant son équilibre à grande peine. De l'autre côté, il grimpa d'une traite au flanc du Serre jusqu'aux premiers châtaigniers. Là, enfin, il reprit haleine et essuya son front.

Après une heure de marche heureusement éclairée par la lune montante, il lança le cri du renard en chasse. On vint vers lui, et à son sourire, il sut que son père, enfin, reconnaissait en lui un homme de foi.

*

* *

Samuel avait laissé son troupeau car il avait un message à transmettre à quelqu'un du village. Cela ne l'enchantait guère car il préférait de beaucoup toutes les odeurs sauvages que le vent lui apportait.

À vingt ans, s'il se faisait attraper par les dragons, il était sûr d'être enrôlé de force dans l'armée, surtout un gars comme lui, robuste et résistant (à tous les points de vue), marcheur increvable, connaissant tous les sentiers de la montagne, capable de suivre toutes les traces qui se présentaient et de les identifier, et ceci en toutes saisons.

Voilà des heures qu'il cheminait par monts et par vaux, se dissimulant derrière des genêts ou des châtaigniers au moindre bruit. Bien sûr, les dragons ne sont pas du pays et ne s'aventurent guère dans ces chemins caillouteux dont beaucoup ressemblent en été à des lits de torrents asséchés, et à la mauvaise saison les soldats ne bravent même pas les intempéries. Il faut donc qu'il rencontre, l'air de rien, une personne à qui il confiera le message. Vaut-il mieux se cacher en rasant les vieux murs où les recoins et même les descentes de caves ne sont pas rares, ou carrément marcher la tête haute ...

La vue de quelques dragons qui sortaient éméchés de l'auberge lui fit choisir la première solution, et bien lui en prit ; il aperçut une jeune fille avec sa cruche et repéra où elle se dirigeait.

En reconnaissant la nièce du père Jérémie il comprit qu'il pouvait avoir confiance. Tapi dans une encoignure, il attendit qu'elle passât, il émit un petit cri de chouette. La fille comprit, posa sa cruche et, faisant semblant de rajuster son vêtement, tendit la main et en enfouit le message dans sa poche tandis que Samuel murmurait :

- Demain, 17 heures aux Trois-LacsŠ

C'était le lieu et l'heure où devait avoir lieu la prochaine Assemblée.

*

* *

Etiennette baissa les yeux. Ils s'étaient tous groupés au pied du châtaignier où elle se tenait, debout, à la fourche des maîtresses branches. Et sa tâte demeurait vide. Ils attendaient que l'Esprit s'exprime par sa bouche, qu'elle vomisse ces paroles que souvent elle ne comprenait même pas, venant de son ventre secoué par des douleurs d'accouchement. Daniel vit son regard perdu ; il se retourna vers la troupe et dit :

- Chantons encore, le psaume de louange et de pardonŠ

Il l'entonna d'une voix claire, aussitôt suivi par tous les registres de celles des enfants, des femmes, des hommes jeunes et vieux. Et puis ce fut l'éclair qui la frappa, si rudement qu'elle faillit choir. Déjà, elle ne s'appartenait plus, hoquetant, secouant la tête, balançant son corps de jeune et robuste bergère :

- Pourquoi appelez-vous SeigneurŠSeigneurŠ Et vous tordez-vous les mains ? Pourquoi m'implorez-vous et ne suivez pas mes commandements ? Mes enfants, je vous le dis, avant peu l'un de vous m'aura trahi ; avant que le coq chante, il m'aura renié.

Le tumulte s'apaisa, le souffle se calma et l'espace d'un instant, Etiennette vit une flamme noire se poser au front de Entrague le jeune. Puis l'apparition disparut et la jeune femme tomba, inanimée, dans les bras qui se tendirent aussitôt. Lorsqu'elle reprit connaissance, la nuit était tombée. Daniel, penché sur elle, lui dit dans un souffle :

- N'aie pas d'inquiétude, on a envoyé prévenir les autres du péril. C'est le fils de Maurice Entrague qui y est allé, il connaît bien le chemin.

*

* *

Le soldat Jean Faivre se tenait en embuscade depuis déjà plusieurs heures sans qu'aucun événement ne vienne perturber le cours de ses pensées. Voilà déjà trois ans que Faivre s'était enrôlé dans les troupes royales. Fuyant sa Franche-Comté natale où de sombres histoires de rivalités entre forgerons l'avaient obligé à quitter brusquement son métier, il s'était retrouvé sur les routes. De mauvaises rencontres en de petits métiers éphémères, il avait atteint Valence où les troupes du lieutenant du Valmalle stationnaient. On parlait vaguement de révolte, de scélérats qu'il fallait écraser.

Jean Faivre avait vu là le moyen de se faire une nouvelle vie, et c'est ainsi que, par un bel après-midi du mois de juillet, il se retrouva en compagnie du brigadier Salvat sur la place de l'église de Valleraugue, petit village des Cévennes. Les Cévennes ... jamais il n'avait entendu parler de cette région. Il ne savait même pas que cela existait... Jamais il n'avait imaginé qu'un soleil si chaud puisse écraser la terre de cette façon. Tout mouvement lui coûtait. Il se sentait comme dans un pays étranger : de toute façon, il l'était. Ne lui avait-on pas dit que Valleraugue comptait parmi les villages les plus rudes dans la lutte contre la Vraie Religion ? Il était environné d'hérétiques.

Tout visage qu'il rencontrait était pour lui un ennemi. Pourtant, il le reconnaissait, lui-même n'était pas un saint. Mais il faisait ses Pâques et allait à confesse régulièrement. Mais qu'on puisse, qu'on ose professer une autre religion autre ce qu'on lui avait enseigné, cela il ne pouvait l'imaginer, il ne pouvait le tolérer.

Profitant de l'embuscade inutile, le brigadier Marcelin qui commandait le groupe faisait partie des dragons cantonnés à Valleraugue se mit à réfléchir sur les événements de ces derniers jours. Tout d'abord que faisait-il là, et pourquoi ? Il s'était engagé dans l'armée du roi car on lui avait dit que d'infâmes révolutionnaires se cachaient dans les montagnes environnantes et qu'il fallait les remettre dans la bonne voie, celle de la religion catholique. Mais en fait, ayant parlé à un prisonnier, il s'était rendu compte que la priorité de tous les camisards n'était pas la haine du roi et de vouloir le renverser mais surtout de pratiquer librement leur religion comme ils l'entendaient, ce qui ne correspondait pas exactement à ce qu'on lui avait rabâché, et il commençait à avoir mauvaise conscience. Comment concilier ses sentiments d'une part et le devoir d'obéissance d'un soldat d'autre part, non seulement la pitié mais aussi le respect pour ces gens qu'il avait ordre de démolir, même les femmes et les enfants. Il veut chercher à savoir comment tout cela a commencé et quels faits avaient déclenché cette répression ; il était loin de chez lui ce qui entraînait un certain vague à l'âme et peut-être le poussait à approfondir la situation. Que reprochait-on à ces gens et qu'est-ce qui les poussait jusqu'au martyre ? Il aimerait parler à c¦ur ouvert avec eux mais comment s'y prendre? Fallait-il les convaincre d'abjurer ? mais, après tout, était-il si sûr d'avoir raison ? En quoi la pratique de sa religion était-elle meilleure que la leur ? Ces gens vivaient d'une façon plutôt frustre, se contentant de peu, alors qu'en repensant à tout ce qu'il avait entendu raconter de la vie à la Cour et chez les gentilshommes, il se dit que ces camisards étaient plus près de Dieu que ceux qui l'envoyaient pour les réprimer. Mais, tout de même, il dut bien admettre qu'ils n'étaient pas non-violents, eux aussi avaient quelques morts sur la conscience. Le problème était bien difficile à résoudre. Il fallait qu'il prenne parti ; il se promit de ne tirer aucun coup de feu et de traiter les détenus comme des hommes, de parler avec eux pour échanger des idées, non pour essayer de les convertir et aussi pour essayer de convaincre ses collègues de se conduire humainement et non en brute, en fait essayer l'apaisement, le dialogue.

*

* *

Sur le sol détrempé, un épais tapis de châtaignes freinait l'allure de l'homme lourdement chargé venant de Saint-André-de-Valborgne d'un bon pas. Il avait plusieurs fois longé le chemin, s'enfonçant à l'abri des futaies pour cheminer plus tranquillement. Il avait distancé les exempts qui le suivaient depuis longtemps et, pénétrant dans la vallée des Salles, Pierre Desplanques marqua une première pause, jetant sur le sol sa lourde besace. L'homme transpirait à grosses gouttes.

À quarante ans passés et veuf depuis la Noël, le forgeron de la vallée Borgne, pourtant d'origine catholique, s'était mis à travailler pour le rébellion parce que la plupart des attroupés de ce coin de montagne étaient ses amis d'enfance.

Bâti comme un colosse, le gros Desplanques était fier de lui, ce jour-là. Comme pour s'en convaincre tout à fait, il jeta un ¦il dans l'énorme sac de lin qui lui avait scié l'épaule. Plusieurs pistolets, de la mitraille et quelques épées sortaient directement de sa forge et de ses mains expertes ! Les lames brillaient et l'homme pensa que les soldats du roi pourchassant ses amis avaient de quoi devenir craintifs ! Depuis plusieurs mois, le forgeron traversait la montagne pour livrer le fruit de son travail à un homme insoupçonnable à Valleraugue qui, à son tour, transmettait sa précieuse marchandise aux hommes cachés aux abords de l'Espérou. Hélas, au bout de deux heures d'attente, Desplanques pensa que son relais avait déserté ! Allait-il s'aventurer jusqu'au bourg avec sa cargaison clandestine ? L'automne était glacial cette année-là et le massif forgeron commença à s'inquiéter. Qui prévenir ? Devait-il cacher sa marchandise ? Il appréhendait de voir la troupe lorsqu'il entendit le trot d'une mule. "Enfin ! le voilà, ce bougre de curé Gauthier ! Je me mettais juste à douter de lui ..."

*

* *

J'ai tiré mon prie-Dieu à l'autre bout de la pièce, loin du feu qui la réchauffe un peu. Faire mon oraison dans le coin le plus froid. Et il fait encore plus froid dans mes vieux os qui craquent.

Ce soir, j'ai aidé le petit Jean qui me servait si gentiment à rejoindre la troupe des insurgés, rejoindre son père et son grand frère. La consigne était d'en faire un bon Catholique mais que pouvais-je contre l'image horrible de sa pauvre mère charcutée et brûlée par les dragons ?

Ces villageois, je les connais tous, depuis près de quarante ans que je dessers cette paroisse. Quand je suis arrivé, il y avait seulement deux familles d'anciens catholiques. Ce n'était ni les meilleurs, ni les pires... Et, peu à peu, le tranchant de mes certitudes s'est émoussé.

Me voici plus écartelé que jamais. À près de quatre-vingts ans, il me faut encore choisir ; je sais pourtant que je ne lutterai pas contre eux. Ce soir, non content de les aider matériellement ainsi que je le fais depuis quelque temps, j'ai encore plaidé auprès du lieutenant des dragons pour qu'il n'oublie pas que ce sont des sujets fidèles du roi, des enfants de Dieu, des brebis pas si égarées qu'il semble le croire.

Contre moi, il ne peut rien. J'ai fui les prébendes attribuées au berceau, j'ai toujours refusé de profiter de ma condition de fils légitimé d'un prince de l'Eglise.

Fils d'archevêque, j'ai été trop bien éduqué par les braves Cordeliers et j'ai choisi d'expier la faute des miens en m'enterrant dans cette vallée perdue, pauvre et hérétique. C'était mon désert, et voilà qu'au bout de ces quarante années d'isolement parmi ces gens que l'on prend pour des monstres, je viens de comprendre que je les aime et que je suis des leurs.

Deux coups ébranlèrent la porte. Le curé Gauthier se leva péniblement. Sans demander qui frappait ainsi - car depuis longtemps tout le monde était accueilli chez lui - il ouvrit la porte. Lorsque les trois hommes s'avancèrent dans la lueur du feu qui rougeoyait encore, il ouvrit grand les yeux et ne pu réprimer un cri de surprise et d'effroi. Il venait de reconnaître les robes blanches des Dominicains et, du capuchon maintenant rabattu, émergea le profil de rapace de l'Inquisiteur.

*

* *

Pierre Desplanques tint la bride de la mule pour aider le vieux prêtre à en descendre. Celui-ci était encore tremblant, mi-pleurant, mi-riant.

- Si tu savais ! ... Si tu savais !

- Qu'y-t-il, Mon Père ? Avez-vous été découvert, on vous a inquiété ? demanda anxieusement le forgeron qui craignait que le vieillard n'en ait trop dit.

- C'est le Père Sauvaire qui est venu...

- L'Inquisiteur ?

- Lui-même ! Ah, mes bons maîtres Franciscains avaient bien raison de les nommer "Dominicanis", les chiens du Seigneur !

- Il est venu chez vous ? Et il ne vous a pas torturé ?

Le vieil homme se redressa :

- Qu'est-ce que tu crois ? À mon age, on a tout vu ! Ce n'est pas ce jeune arriviste qui allait m'impressionnerŠ Vois-tu, je suis arrivé ici lorsque j'avais quarante ans, et comment crois-tu que je suis arrivé là, n'étant pas originaire du diocèse ? C'est l'évêque de Nîmes qui m'a trouvé cette cure. J'arrivais de Versailles où j'étais au service de la ReineŠ Et puis j'avais fait une grosse bêtise avec sa première dame d'honneur... Alors, on m'a envoyé loin de la Cour, pour étouffer le scandaleŠ

 

Le forgeron n'en croyait pas ses oreilles.

- Mais pourquoi l'évêque de Nîmes ? Vous le connaissiez ?

- Non, mais il est suffragant de l'archevêque de Narbonne, auquel il doit sa mitre.

- Alors, il lui a rendu service... Mais pourquoi l'archevêque de Narbonne ?

Le vieux prêtre le regarda dans les yeux et souffla :

- Parce que c'était mon pèreŠ! C'est lui qui a eu l'idée de m'envoyer dans ces vallées perdues... Là, au moins, je ne risquais pas de lui causer d'autres ennuis !

- L'inquisiteur savait tout ça ? s'étonna le forgeron.

- Pas vraiment. Mais ce qu'il ne savait pas c'est que l'auguste et pieux prélat actuellement sur le siège archiépiscopal de l'ancienne capitale de la province romaine est mon demi-frèreŠ. Lui, il a bien tourné, moi pas. Ou plutôt, il a su utiliser le double jeu, moi pas.

Le forgeron hocha la tâte. Il n'était pas si sûr que le curé Gauthier n'ait pas appris au bout de tant d'années de désert à maîtriser toutes les facettes des réalités humainesŠ

 

Après quelques instants de silence songeur, comme si Gauthier suivait les réflexions de son compagnon, il reprit :

- Je lui ai montré la médaille de mon père et les lettres de mon frère... Il a baisé le bas de ma soutane avant de se retirer, mais, à son regard, j'ai bien vu qu'il regrettait de voir une si belle proie lui échapperŠ Ils viennent de partir pour SumèneŠ

*

* *

Ce même jour, cherchant son père tout en gardant son troupeau du côté de la vallée des Salles, Rolande s'assit un moment sur un monticule ensoleillé à proximité d'une clède. Elle était, comme toujours, plongée dans ses pensées sur la tolérance et la façon de les faire connaître.

Au moment de reprendre sa marche, passant vraiment près de la clède, elle entendit des bribes de conversation ; elle savait bien qu'il ne pouvait pas s'agir de soldats : ils sont moins discrets et laissent toujours quelque chose briller. Au risque de se faire piéger, elle entra et se trouva en face du forgeron et du curé, tous deux Papistes, elle ne s'étonna pas outre mesure puis, s'accoutumant à l'obscurité, ce qu'elle vit la cloua sur place. Des armes ! Qu'est-ce que ces deux-là pouvaient en faire, les troupes du roi n'avaient nul besoin qu'on leur en fournisse ? En tirer de l'argent ? D'après ce qu'elle savait du curé Gauthier, ce n'était pas son genre. Alors quoi ? De toutes façons la vue des armes lui était odieuse et avec l'impétuosité de la jeunesse, elle leur manifesta sa réprobation en disant :

- Je ne veux pas savoir à qui elles sont destinées, mais je voudrais que vous compreniez qu'il est grand temps de les supprimer et de remplacer les armes par le dialogue !

- C'est toi, fille de prédicant, qui conseille ça ? dit le curé.

- Vous ne comprenez pas que tant que les armes parleront, le fossé se creusera et les haines et les ranc¦urs s'accentueront. Ce sera un engrenage qui rendra la vie entre les gens du même village de plus en plus difficile ! Je vois bien que par ce que vous transportez, vous donnez un coup de main à vos ennemis, donc vous vous posez des questions, moi aussi d'ailleursŠ

 

Le curé Gauthier la regarda, et lui demanda :

- Quelles questions ?

Rolande répondit :

- Je pense que la tolérance est une vertu principale, d'ailleurs il est écrit "Tu ne tueras point" et aussi le Christ a dit : "Aimez-vous les uns les autres", or mon père et ses amis, comme vous-mêmes, bien qu'apparemment de l'autre côté, vous en référez tous à lui."

C'était la voix de la sagesse. Toutefois, le curé et le forgeron admettaient mal d'avoir tant risqué pour ne pas aboutir, et le gouffre dans la rivière était si près...

*

* *

- Qu'allez-vous faire, Monsieur l'officier, de ce Entrague, le pauvre type qui vient de trahir les siens ? On le laisse aller ? Vous le payez ou je l'enferme quelque part ?

Assis derrière une longue table dans la pièce sombre qui lui servait de cabinet, Jlien de Sallys regarda en silence les deux soldats qui lui servaient d'ordonnance. Faivre, le mousquet dressé, montait la garde contre la lourde porte et le brigadier Marcelin, plus bonasse, s'inquiétait, questionnant le jeune lieutenant sur la suite à donner à l'étrange entrevue ...

- Pauvre type, ce Entrague ! Vous ne trouvez pas, Messieurs ? Que voulait-il, au fond, en trahissant les siens ? De l'argent ? Est-ce la peur qui lui a fait choisir le chemin de l'ordre ? D'abord que nous a-t-il donné ? Des lieux de culte, quelques noms, l'endroit où se cachent le prédicant et sa fille, une dénommée Rolande ... Quoi d'autres ...? Il veut s'emparer du lopin de terre qu'il convoite sans douteŠ

Sallys n'appréciait guère le sale jeu auquel il se prêtait, détestant profondément les délateurs et ceux qui les écoutent ... Il avait compris que le brigadier Marcelin partageait plus ou moins son point de vue. "Un homme bien, pour un rustre ! " pensa-t-il alors. "Bien sûr, l'autre sanguinaire Franc-Comtois en faction à la porte doit rêver d'écorcher tout le monde... Il y a de tout dans les armées du Roy, beaucoup de brutes, d'ailleurs...

Punir le traître ?Est-ce mon rôle ? le récompenser ? Cet homme me pousse à exercer les talents d'un exempt de basse classe... Que faire ? Lui remettre une bourse de la part de M. de Basville ? Voilà bien Ponce Pilate" pensa-t-il en donnant quelques ordres :

- Invitez-le à l'auberge et arrosez-le, Marcelin ... ses comparses sauront bientôt ce qu'il leur reste à faire !

 

Dégoûté d'avoir à tremper parmi une bassesse indigne de lui, l'officier se leva, quitta la maison réquisitionnée et rejoignit l'église du village, en quête d'un peu de pureté.

*

* *

Rolande marchait rapidement dans les rues de Valleraugue. Tout se bousculait dans sa tête. En levant les yeux, elle remarqua un groupe de femmes au loin, près de l'Hérault. Celles-ci parlaient fort avec de grands gestes et semblaient animées d'une grande colère. Rolande ne pouvait pas entendre leurs paroles, mais il lui sembla qu'Etiennette parlait le plus haut. Lorsqu'elle arriva enfin au niveau du pont, Etiennette se détacha du groupe et, telle une furie, bondit sur Rolande.

- Renégate, tu as vendu ton âme aux Papistes ! Comment oses-tu te montrer ? Comment oses-tu venir ici ?

Surprise par cette violence qu'elle n'attendait pas, Rolande ne sut que répondre. Elle balbutia :

- Enfin, que veux-tu dire ?

Etiennette se tenait tout contre Rolande et, toujours dans un souffle, afin que ses paroles ne puissent être entendues que d'elles seules, elle continua :

- On t'a vue ! On sait que tu racontes qu'il ne faut pas se battre, on sait que tu veux nous faire tous assassinerŠ

Rolande fut atterrée par ces mots.

- Non, Etiennette, tu as mal compris ! Jamais je ne renierai mon père. Jamais je ne trahirai, mais je ne comprends pas que l'on se déchire ainsi au nom de DieuŠ

La jeune femme avait léché ces mots d'une seule traite, presque surprise d'avoir réussi à exprimer aussi simplement une telle pensée. Les yeux révoltés d'Etiennette lui prouvèrent qu'elle ne pouvait être entendue.

- Je vais prier pour le salut de ton âme !

Ce fut la seule réponse d'Etiennette, qui tourna les talons et s'éloigna, laissant Rolande seule, en proie à un profond désarroi. Lentement, elle fit demi-tour, et marcha d'une façon mécanique vers l'église. Elle gravit les marches, pensant au Christ sur le Golgotha. Elle leva les yeux et fut étonnée de voir le lieutenant, un genou à terre dans la travée principale. Au bruit des sabots de la bergère, Julien de Sallys se releva et vit une jeune femme s'avancer. Vers l'autel où brûlait la lampe du Saint-Sacrement ? Ou vers lui ? Rolande vacilla. Les rouges et les ors de la lampe et de l'uniforme se confondirent, elle tomba à genoux et se mit à réciter en français le Notre Père.

L'officier vint vers elle, surpris par cette belle et robuste jeune fille qui s'exprimait si bien. Il attendit qu'elle eut fini, et fut surpris de l'entendre clore sa prière à la mode huguenote et releva alors le tutoiement dont elle avait usé pour s'adresser au Père.

Julien se pencha vers elle. Rolande avait repris ses esprits.

- Monsieur l'officier, pourquoi venez-vous nous contraindre puisque nous pouvons prier ensemble ? Pourquoi cette épée et ces pistolets à votre ceinture ?

De Sallys, plus troublé qu'il voulut le laisser paraître, l'aida à se relever. Oui, pourquoi ?

*

* *

Etiennette n'avait pas peur. Elle revint au village. Mais ... Mais qui entrait à l'église? Mais comment osait-elle ? À cette heure ? " Ah, je m'en doutais, je ne veux pas le croireŠ L'Esprit ne me trompe jamais. Va-t-elle se réunir ? va-t-elle trahir ? "

Etiennette se cache puis se faufile le long du mur, soudain elle voit l'officier plus près de Rolande. " Ils se parlent ! " Elle n'entend pas ce qu'ils se disent, mais il semble qu'ils se connaissent déjà ! Je le sentais, c'est sûr ! Elle sort le pistolet qu'elle garde toujours dans sa jupe. Elle savait qu'un jour elle s'en servirait, mais elle pensait que ce serait pour ce traître de Entrague. " Eh bien non, Rolande aussi nous trahit ! Elle envoie nos frères à la mort ! " Etiennette tremble, mais elle tire :

- Au nom de Dieu !

Avait-elle visé la pauvre Rolande ? Savait-elle tirer ? Un second coup de feu éclata, résonnant dans les ruelles du bourg descendant vers la rivière au moment précis où un groupe de buveurs sortait de l'auberge en parlant bruyamment.

Entrague s'effondra soudain sur le pavé de la place, avalant d'un seul coup ses extraits de baptême, de conversion, de reconversion ainsi que les titres de propriété qu'il n'empocherait jamais, prix sanglant d'une trahison prophétisée par la pauvre fille qui écopa du troisième coup de feu dans les jambes. Le brigadier Marcelin, presque aussi ivre que le berger cupide, avait riposté, visant juste à tout coup, "pour l'empêcher de se sauver, la garce !" pensa-t-il comme pour se justifier.

Rolande gisait sur le parvis de l'église et Etiennette, blessée, s'affaissa contre un mur, un grand morceau d'Ancien Testament coincé dans sa gorge. Elle semblait divaguer, guère consciente de voir des dragons gigantesques s'approcher d'elle pour la conduire au cachot.

Marcelin était content de l'avoir juste effleurée au mollet gauche. Sa promesse de ne tuer personne restait intacte.

Faivre, titubant, s'approcha alors de l'homme qui avait trahi les siens :

- Sont rapides pour exécuter les sentences ! L'avait raison, l'officier ! maugréa-t-il dans son coin.

L'escarmouche avait attiré les curieux et, déjà, une volée de crachats humidifia le visage du mort.

Depuis le coup de feu d'Etiennette, Rolande était à terre sur les dalles de l'église et le lieutenant de Sallys se précipita pour la relever. Sous ses paupières entrouvertes, Rolande avait aperçu la pâleur du jeune homme et elle en fut troublée avant de retomber, inanimée.

Le curé Gauthier, profitant de la panique, harcelant sa mule, repartit dans la vallée Borgne où il retrouva Jean. Il lui remit les armes et lui souhaita bonne chance en lui disant

- À bientôt !

 

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