La ville des rencontres, Classe ouverte, Montpellier

Préface et direction littéraire

ALAIN BELLET

Photographies

PATRICIA BAUD

 

 

Réalisation soutenue par

La Protection Judiciaire de la Jeunesse, La Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC du Languedoc-Roussillon)

L'Éducation Nationale (Académie de Montpellier), Fonds d'Action Social

Classe Ouverte Éditions - Février 2002 ASSOCIATION CLASSE OUVERTE, 12, rue Adam de Craponne, 34.000, Montpellier

© ÉDITIONS ACTIVE, ASSOCIATION POUR LE TEXTE ET L'IMAGE VIVANTE

6, rue des filles-du-Calvaire, 75.003, Paris - ISBN : 2-912752-06-X Pris public : 8 Euros

POUR COMMANDER L'OUVRAGE : association-active@wanadoo.fr

 

DES IMAGES ET DES MOTS EN PRISE SUR LA VIE

avec des jeunes en rupture d'école traditionnelle

À la Classe Ouverte de Montpellier, une aventure d'écriture et de photographies un peu différente qu'ailleurs nous attendait. La Classe, c'est d'abord une petite maison jaune aux volets bleus, cachée dans une ruelle de la ville, c'est surtout une association porteuse d'un projet éducatif tentant simplement de remettre de jeunes adolescents en route... Notre projet était de faire vivre des mots par des photographies, et en retour, d'animer des images par l'écrit littéraire, souvent difficile à faire surgir, tant la langue et sa maîtrise apparaissent bougrement diaboliques...D'emblée, les jeunes n'étaient plus en cours, mais ils se trouvaient confrontés à l'établi de l' imaginaire pour participer, avec leur propre sensibilité, leurs envies de se dire et d'exister, à une création artistique collective.Induit par des jeux d'écriture et des associations d'idées, le scénario d'une histoire s'organise, des personnages naissent, des regards s'aiguisent.Devant la page blanche, on hésite, on panique un peu, mais devant l'objectif de l'appareil photo, la personnalité de chacun s'offre à l'inconnu de passage. Leur image change de propriétaire et devient, palpable et mesurable, le miroir de personnages de papier, porteurs de sens, de trajectoires de vie, d'espérances.Une distance avec le réel et la vie quotidienne se met en place. À l'image, des filles deviennent des personnages masculins, des situations d'adultes étrangères à ces jeunes deviennent soudainplus proches. Dans le groupe, l'implication de chacun n'est pas identique. Certains accrochent davantage que d'autres. Sournoisement, la méfiance reste présente, une indiscipline réactive aussi. Je sais qu'il est difficile de se concentrer plusieurs heures de suite. Aborder l'histoire d'une époque, le vécu de personnages proches de soi, le quotidien d'une ville, la culture d'une identité, par l'écrit romanesque, c'est entrer de plein fouet dans l'intime et les histoires inter-individuelles. L'analyse de l'image de soi ou d'autrui, abordée comme un personnage distancié, permet la confidence des mots, la distance offerte par la photographie. Alors, entre ces deux pratiques artistiques, une véritable synergie s'installe. Jeu d'échos, d'amplification ou de démarcation, le couple Mots et Images devient un véritable jeu de miroir entre le vu et le dit, le voir et l'écrit. Des sensibilités différentes peuvent s'exprimer à l'aide d'outils pluriels, mis en relation.Il s'agissait de permettre l'expression de chacun, passant par une démarche de réconciliation avec les mots, utilisant la langue comme véhicule d'une pensée, et avec la photographie comme représentation personnelle et regards portés sur soi ou son environnement.Ce livre, illustré de photographies des jeunes qui ont conçu et écrit l'histoire que vous allez découvrir permet de conserver l'émotion intacte, d'immortaliser des moments forts et riches, précisant l'implication des participants dans un projet artistique les donnant à voir, à produire, et à comprendre. Le réel de chacun est proche de celui de tous ces êtres fictifs qui font et défont la Ville des Rencontres. Sur l'établi d'une efficace petite fabrique de littérature à plusieurs mains, nous nous sommes évertués à croiser des situations éparses, à visiter l'univers amoureux, à côtoyer celui de la pauvreté et de la fragilité sociale, évoquant au passage trafics et délits, expressions et affirmation d'identités en quête d'elles-mêmes. Les soucis de cohérence, de vraisemblance et d'authenticité étaient constants. Aussi, à l'heure d'une édition, je ne peux que souhaiter que ce voyage dans la langue et dans la représentation plastique offerte par la photographie ait profité à celles et ceux que nous avons embarqués pour quelques jours sur le grand bateau des imaginaires. Souad, Ali, Émily, Sophie, Donia et Bilal vivent pour toujours dans ces pages, et l'émotion captée par Patricia Baud interroge le devenir général d'une jeunesse qui nous oblige à davantage d'implication, à réinventer, pour les aider, une citoyenneté active sans omettre de dépoussiérer un joli mot, celui de fraternité.

Alain Bellet

Voir livres

Images et Mots

Patricia Baud photographe

Association active

 

Retour accueil