illustrations Thierry Christmann

 

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Dédicace pour Radio-France

Mémoire de Bastille

Entre révoltes et Mémoire, pour moi, le quartier de la Bastille (le Onzième arrondissement populaire) constitue un territoire offert au romanesque pour des voyages intiatiques dans l'histoire du peuple parisien, toujours passionné, sans cesse confronté à des difficultés sociales. Cheminant de livre en livre (pour adultes ou pour des lecteurs plus jeunes) l'espace d'une éternelle Bastoche ouvrière s'impose à moi, né pas loin de là, un Quatorze juillet...

Paru en 1996, le Gamin des Barricades (Editions Milan) abordait la défaite de la Commune de Paris, entre Belleville et Bastille. En 1997, j'avais conduit le Poulpe (Danse avec Loulou, Editions Baleine) à questionner ce qui pouvait surgir encore des pierres, des rues désertes, des recoins bastochards dans une petite anthologie des émeutes urbaines restant évidemment à écrire. En 1998, dans Le Noyé du canal Saint-Martin (Editions Magnard) le Onzième industriel sortait de terre, avant les travaux d'Haussmann, et certains pauvres survivaient en voyoutant, entre deux révolutions républicaines. Avec Les Mutins du Faubourg, j'ai tenté de retrouver ce qu'était l'ébénisterie, avant les grandes surfaces du kit, la solidarité, le monde de l'artisanat dans le contexte de la guerre de 14-18 et celui des grandes mutineries de la désespérance... Les jeunes Poilus meurent ou sont condamnés au Front, et les seuls personnages disponibles, pour un livre Jeunesse, dépassaient largement la cinquantaine ! La Bastille d'alors accueille les espérances d'une petite Marthe livrée à elle-même, partant à la recherche d'un Rouquin introuvable, vêtu de bleu-horizon... Avant de devenir un lieu branché sans mémoire, la Bastille portait en elle l'insolence, l'irrévérance, l'espoir, de tous ceux qui se battaient pour un monde meilleur. Et par delà le symbole officiel du mouvement ouvrier, recomposer l'hier à plusieurs facettes, planté dans des périodes différentes, c'est affirmer et revendiquer un héritage pluriel, c'est offrir des morceaux de mémoire collective à de jeunes lecteurs un peu trop prisonniers de l'immédiateté et d'une modernité, hélas, bien souvent amnésique.

Alain Bellet