L'Atelier, le chantier littéraire, Souvenirs et mode d'emploi

Écrire

une

histoire

Enfants de Reims

 

L'atelier n'a jamais de recette toute préparée, il fonctionne sur une douce alchimie fabriquée par le langage, entre l'oralité et l'écriture. Il est avant tout le lieu d'une rencontre entre un écrivain et un public en attente, volontaire pour créer avec un accompagnateur qui écrit, édite, et fait de la langue et de l'imaginaire ses ingrédients intimes et quotidiens. Enfants et jeunes scolarisés, adolescents exclus du système scolaire ou marginalisés, adultes venant de leur plein gré ou subissant l'enfermement (hôpital, milieu carcéral) leurs attitudes et leurs joies sont les mêmes, une fois achevé l'ouvrage de vie qui les rassemble autour d'une table où les mots circulent. Jamais ils n'en sortent indemmes, c'est-à-dire extérieurs au travail de la langue, face à la découverte de leur propre imaginaire.

AB

C'est raconter avec plaisir ce que chacun a au fond de soi et le sortir de son imagination. Raconter ce que nous imaginons ou quelque chose qui a existé dans le passé, ou qui existe aujourd'hui. Elle peut être réelle ou inventée, avec des personnages, des animaux, des objets, des lieux, des moments précis... Elle peut raconter la vie ou les exploits de certaines personnes mais cela oblige à trouver des renseignements, des documents, à chercher des idées dans les livres à la Bibliothèque pour découvrir... Elle peut être un conte racontant des choses importantes comme un rêve extraordinaire avec des rires, des actions, des mystères, de la magie, du suspens. Elle permet aussi de faire comprendre des choses tristes ou plus joyeuses. D'abord, il faut choisir de quoi l'on veut parler, savoir ce que l'on veut dire en utilisant parfois ses propres aventures, ses expériences personnelles. Cela donne du travail, mais c'est merveilleux ! Il faut beaucoup de concentration pour rassembler des phrases qui, mises ensemble, donnent une histoire, petite ou grande, peut être un livre avec un titre, des dessins... Avant tout, il faut énormément d'imagination et réfléchir, on est jamais seul pour construire une histoire...Faire une histoire complète en rassemblant des petits bouts d'histoires différentes est un jeu passionnant. Nous allons en écrire d'autres, pour que les gens les lisent.C'est un rêve pour nous qui sert aussi à faire rêver les autres, les lecteurs... Plus le rêve est beau, plus nous écrirons avec plaisir. Quand on lit, on se fatigue et après on s'endort en rêvant à l'histoire...Écrire une histoire, c'est vivre une grande expérience et en même temps c'est ouvrir et parcourir des chapitres, des pages pour l'avenir... Alors, nous devons évidemment penser aux fautes, à la grammaire, à la conjugaison, au vocabulaire...

Émotions Maison d'arrêt de Pau

Mots, regards, idées, les imaginaires se cherchent des passerelles. Des ambiances renaissent. C'était chaleureux... Trop rapide peut-être, comme ce vent de liberté, un instant retrouvée, visible dans les regards, présente dans les mots, se faufilant entre deux textes. L'implication est forte, c'est comme si la fête, la confiance et le travail se mélangeaient, pour une fois. Les images nous entouraient, parfois présentes, à d'autres moments, oubliées. L'écriture n'est pas toujours aisée, mais chacun sait qu'il y a droit, avec plus ou moins de facilité. Mais ce qui reste au fond de ces moments d'écriture et de mots partagés, c'est une rencontre, juste une rencontre d'hommes, et de femmes un espace non répressif où les vies s'épanouissent.

 

 

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Des écrivains en prison

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Chez les femmes

Comme un temps qui s'éclaire soudain un instant dans la spirale de quotidiens difficiles, ces quelques heures offertes m'ont semblé trop brèves, éphémères, fuyantes... Écrire ensemble, ici, là-bas... Des regards interrogateurs, des postures en attente, et puis des envies qui s'expriment, des rires qui fusent, des femmes vivantes qui s'expriment à brûle-pourpoint dans l'urgence de se dire... Le temps des mots impose alors ses rythmes, des inconnues se dévoilent peu à peu, dans leurs textes, dans leurs rires, dans cette spontanéité si authentique... Vos regards quêtent un programme, des réponses, un enchaînement. Mes propositions vous conviennent, je pense, et les plumes s'ébranlent. Merci à vous toutes, d'avoir été attentives, vraies, à l'écoute, disponibles enfin. Je revois Patricia et son regard si doux qui semblent ponctuer le temps, dans l'écoute d'autrui, inquiète de ses propres mots qu'elle ose lancer de temps à autre, avec parcimonie.. Béatrice est là, forte et présente, avec ses fabuleux coups de gueule, ses mots incisifs, cette étonnante facilité à rimer la vie pour des poèmes jetés dans l'urgence de dire, de dénoncer, de convaincre... Juste passer le temps. Je repense à Céline et sa volonté farouche d'oublier bien vite les lieux de cette rencontre... Resteront ses mots, ces heures, le bonheur lisible sur son visage, les sourires des autres femmes aussi... Je pense à Laura, si proche et si lointaine à la fois, prise dans le rêve éveillé d'une littérature difficile à construire que les éclats de rire de Karine où les éclats de voix de Béatrice animent un instant. Laura qui revendique de beaux stylos pour elles toutes, comme d'autres, de belles romances à engranger de suite... Mais dites-moi, comment oublier les vingt-trois ans mille fois répétés de Karine ? Karine et ses trois enfants qui surgissent sans cesse, dans ses mots, son regard, ses espérances. Pour une vie si rapide que l'attente freine désespérément, et tant pis pour la syntaxe ou les maladresses de conjugaison, on s'en fout bien de la syntaxe, non ? En retrait, puis soudain fortement présente, je revois Farida qui s'y colle avec fougue, avec ses hésitations, ses peurs, ses poussées pour que les choses avancent. Farida qui boude, part et revient, Farida qui croirait aux anges, si seulement ils étaient vivants... Et Jos bien sûr, le regard prompt à vous déshabiller l'âme, Jos, et son accent chantant qui a si joliment su faire vibrer ici une littérature vivante, celle du cur, de la mémoire aussi. Jos et le talent de conter, de dire, d'imaginer... Merci à vous toutes pour ces cadeaux de vie offerts dans la foulée de quelques pages noircies un peu trop rapidement. On fera mieux la prochaine fois, Mesdames, c'est d'accord ?

Chez les hommes

Tous ont joué le jeu avec sincérité, envie et bonheur, je crois. Invoquant la curiosité, Ludovic s'est peu à peu épanoui dans les mots, sans dire, d'entrée, son bonheur. Go ! Youssef était venu voir ce qu'il se passait, comme un lieu de chaleur, où les hommes se pressaient. Moi, c'est par hasard, clamait Antoine en riant D'autres cherchaient les regards, à l'écoute, les yeux brillants, Un peu timide, Abdelkader hésitait, il voulait écrire, mais parfois le verbe se dérobait. Tout près du réel, Georges recomposait sa vie.Il retrouvait les angoisses, les douleurs, les joies, les envies. Tout comme Khalid, le regard si sérieux. À l'écoute, attentif, gardant l'instant précieux. Descendu des Pyrénées, Sébastien semblait à l'écart. Les balades dans la langue et l'imaginaire, c'était son placard. Il aime écrire, comme ce garçon à l'allure si douce, au regard profond, Alex, que la magie des mots pousse... Et là-bas, dans son langage à l'accent de jota, Raphaël, tel Cervantès, ponctuait d'autres mots, d'autres pas. Traduits par Serge, l'homme au regard vif et à la langue choisie qui aime la littérature et s'y promène joli . Merci à vous de cette balade de vie où les heures, assemblées ensemble, déjà s'enfuient. Peut-être, vous reverrais-je, un de ces jours ? Je l'espère, je le souhaite et garde vos regards pour toujours. Dans les mots, se cultivait la liberté. Dans vos mots, rimait l'amitié, dans vos mots, se jouait la sincérité . Amis, encore un autre mot, à bientôt...

A.B.