.

illustrations Daniel Maja
La guerres des Camisards
contre l'absolutisme (1702)

illustrations Philippe-Henri Turin
La Commune de Paris (mars-juin 1871)
 

illustrations Christophe Durual
La marine en bois et l'esclavage
sous le règne de Louis XIV

illustrations Thierry Christmann
La misère à Paris sous Louis-Philippe,
avant les travaux d'Haussmann (1840)

illustrations Thierry Christmann
Les mutineries dans les tranchées (Verdun) Guerre de 1914-1918
Le chemin
des halles
roman encore inédit
1610. L'intolérance religieuse et la vie à Paris au moment de l'assassinat du Vert-Galant

" Quand on n'a pas de passé, on n'a pas d'avenir:" Fernand Braudel


DEVOIR DE MÉMOIRE
ou voyage ludique dans l'hier

HISTOIRE ET LITTERATURE DE JEUNESSE
Par Alain Bellet, écrivain
 

Le roman historique, conçu comme un voyage dans le passé, se doit toujours d'être au bénéfice des vivants, du point de vue de l'histoire des humains, des lieux, de leur mémoire. Contre l'objectivité affirmée de l'historien drapé dans un point de vue scientifique souvent un peu trop rigide, le romancier va choisir ses angles de vues, l'éclairage sensible d'un moment de l'histoire.
Il n'aborde pas l'histoire comme un temps mort, linéaire, et une succession de faits, mais il tente de recomposer de la vie, de retrouver des sensations, de réveiller des psychologies particulières. Le roman historique permet une totale immersion dans une période, de la langue à l'histoire, de la géographie aux moeurs d'une époque, des arts aux attitudes populaires confrontées aux pouvoirs successifs.
 
J'estime cependant que le romancier doit s'inscrire dans un réel parfois difficile à retrouver. Il doit s'astreindre au respect de la vraisemblance. En effet, si un auteur entraîne son lecteur à travers une époque bien définie, il doit s'imprégner des modes de vie d'alors, des réalités du temps choisi, en faisant découvrir des réalités précises. Qu'est-ce qu'on mangeait, comment, dans quel endroit, avec qui ? Comment voyageait-on ? À pied, en coche d'eau, à cheval, c'est-à-dire en abordant la question d'un autre rapport que le nôtre aux déplacements et à leur nécessaire durée.
Si un romancier n'est pas à proprement parler un chercheur, il se nourrit souvent en amont de son propre travail d'écriture des recherches des historiens (ouvrages de vulgarisation, thèses, fouilles, archives) La documentation s'impose toujours pour ne pas se trouver dans l'approximatif, le flou, le lapidaire, souvent sources de confusions et de malversations des réalités d'une époque.
Le romancier va essayer de retrouver des ambiances, un climat, des sentis pour mieux plonger son lecteur au sein même de quotidiens passés.
 
Le vrai de la fiction
 
Contrairement à certaines idées reçues, le travail du romancier nécessite du vrai, du palpable. Son travail va débusquer une part qui échappe souvent dans la construction romanesque : la part du réel. L'auteur débusque de l'existant d'une époque derrière l'existant d'aujourd'hui. Traiter l'histoire d'une ville par exemple, oblige à un minimum de didactisme pour bien faire comprendre qu'un territoire, qu'un espace, n'est souvent qu'un résultat d'un empilement, à travers les siècles.
L'étude d'un lieu précis peut permettre de retrouver toutes les strates qui l'ont précédé. Si l'on regarde par exemple un point précis de la place de la Bastille à Paris en 2003, on peut ne voir que notre réalité. Mais en appliquant le schéma des poupées russes, on peut également enlever l'opéra de Jack Lang, faire surgir l'Embarcadère du chemin de fer de la Bastille construit en 1859, inauguré par Napoléon III, retrouver la cour de la juiverie qui lui était antérieure, s'arrêter un instant dans la cour de la caserne des mousquetaires Noirs où Lafayette avait appris le métier des armes. Quelles populations vivaient dans cet endroit minuscule à l'échelle de la ville ?
On peut également percevoir qu'à travers les siècles des espaces particuliers gardent leurs habitudes séculaires et offrent une sorte de redondance de l'activité du lieu (prostituées rue Saint-Denis, cracheurs de feu d'une cour des miracles là où se situe aujourd'hui l'esplanade du Centre Pompidou).
Si le roman n'est pas totalement enraciné dans un espace imaginaire, l'auteur de roman historique pour la jeunesse devra être au plus près du réel d'hier, au plus près de la vraisemblance. Un pari est jeté, celui de faire comprendre que les humains ont changé avec leurs espaces, que l'Histoire est aussi celle des mentalités, celle des psychologies individuelles ou collectives à retrouver dans la construction de personnages de fiction.
Au début du cinéma, des comédiens en costumes d'époque suffisaient à faire admettre que l'intrigue présentée était historique. Il manquait le réel des lieux, la puanteur, la précarité des êtres, la présence de la mort, l'enchevêtrement du bâti des villes et de la survivance de la campagne (boue, herbe, basse-cour) parmi tant d'autres choses.
Un roman historique, ce n'est pas que des personnages en costumes, mais surtout un moyen idéal et sensible pour donner à voir d'où viennent les femmes et les hommes, où trempent nos racines, en quoi les mentalités se sont transformées.
Seul l'imaginaire du romanesque peut faire toucher du doigt toutes ces questions. Les éléments d'une vérité historique transmise par les chercheurs ou les scientifiques ne prend sens qu'habillés de chair, d'espérances, de sentis, de fragilités.
 
 
L'histoire et la jeunesse
 
Qu'est-ce qui se joue en réalité à travers des fictions littéraires plantées dans l'hier, le passé, l'autrefois ? Par-delà un certain folklore offrant des contextes plaisants pour des gamberges romanesques, un travail littéraire de recomposition de l'Histoire permet d'armer nos jeunes lecteurs sur une identité collective ayant valeur de matrice, et de leur faire découvrir que Notre réalité d'aujourd'hui s'alimente largement dans l'hier, à travers d'autres rites, d'autres cultures ou simplement dans le cadre offert par certains événements historiques.
Pour moi, l'apprentissage de l'Histoire ne doit pas être un monopole fermé, la chasse gardée d'enseignants qui ne donnent pas toujours aux enfants et aux jeunes les clés pour aimer y voyager et s'y perdre avec passion afin d'y puiser sans limites des traces et des acquis qui nous font toujours respirer demain.
 
Redonner du sens
 
L'éloignement de masse avec l'apprentissage de l'hier peut entraîner la perte de certaines valeurs humanistes. Si le roman historique tente de recomposer des réalités d'hier, il se donnera à découvrir comme l'investigation horizontale d'un événement, d'une époque, offrant à voir un moment particulier de l'histoire des hommes et des femmes, une approche de leurs luttes et de leurs difficultés, une mise à plat de modes de vie du passé en relation dynamique avec ce que nous sommes devenus. La civilisation de l'image télévisuelle et internaute a tendance à ne prendre en compte que l'existant, le réel de l'heure, créant, en retour, un sale réflexe amnésique, ou au pire, un désintérêt parmi la jeunesse pour ces vieilleries qui n'ont apparemment plus d'intérêt. Les cultures urbaines d'aujourd'hui oublient souvent l'antérieur, l'enchevêtré existant, aux mêmes lieux et places, des décennies ou des siècles auparavant.
 
Contre le culte de l'immédiateté
 
Enfin, si le Devoir de Mémoire que certains écrivains brandissent comme un credo nécessaire et incontournable s'inscrit évidemment en positif contre l'oubli et la banalisation, il pêche souvent sans doute par sa nature austère.
Si l'histoire des humains est riche de drames passés, elle constelle également d'espérances et de luttes qui éclairent toujours nos quotidiens. Et l'Histoire, comme terreau d'investigation tous azimuts, ne doit pas être limitée au siècle que nous venons de quitter. Un autre danger apparaît, semble-t-il, aujourd'hui : nos chers éditeurs n'auraient-ils pas tendance à penser que l'histoire serait une vieille dame dépassée et qu'à l'heure des rollers et des portables, mieux vaut épouser vite fait les arcanes d'une modernité vendeuse et immédiate.
Le roman historique permet de relativiser les croyances de l'heure et la codification simplistes de mots fourre-tout. La presse et les médias écrasent et étouffent l'histoire, par exemple, lorsqu'ils évoquent le mot terrorisme et nous donnent une conception pré-mâchée, figée et terrifiante du bien et du mal. Quand on réclame l'indépendance c'est du terrorisme, n'est-ce pas ? Alors De Gaulle était donc un terroriste ? Terroriste pour qui ? Pour Hitler, sans douteŠ Le roman historique, trempé par exemple dans les époques révolutionnaires, peut aussi aider à questionner pourquoi des familles d'aujourd'hui acceptent leur destin sans en percevoir l'aspect arbitraire, malléable, changeant. Les destinées ne sont pas, elles se fabriquent, elles évoluent, elles bougent.
Le roman historique pour la jeunesse me semble aussi constituer un outil où le sens de l'histoire permet de transmettre cette quête-là aux jeunes lecteurs, pour leurs devenir.

Alain Bellet, avril 2003

Voir livres
dédicace France-Inter
Retour accueil