Du 18 mars au 30 avril 2002, Patricia Baud (photographe) et Alain Bellet (écrivain) ont traversé le désert du Ténéré et le massif de l'Aïr, au Sahara du Niger. Quarante jours "enfermés dehors", une aventure en vide et en pleins qu'ils ont habillée de mots pour l'un, d'images pour l'autre, reliant ainsi les grains de sable à la frontière du palpable. De cet étrange périple hors du temps, ils nous livrent une exposition entre rencontre et solitude, huit clos où s'interrogent tour à tour la liberté, l'espace et l'intime. Remarquables, les photographies de Patricia Baud laissent apparaître la finesse d'un grain de sable, entre mouvance et permanence, où s'effacent les pas à peine inscrits des nomades en partance. Évidé, le monde apparaît étonnamment plus dense, et l'espace blanc-lumière du désert, comme une surface à la fois convexe et concave, oscille entre une terre-liberté et un souffle amplectif. (Elsa Olu, Critique d'art)
 

Patricia Baud photographe
Retour Accueil
ENFERMÉ DEHORS !
 
EXPOSITION PHOTOGRAPHIQUE DE PATRICIA BAUD Photographe
TEXTES D'ALAIN BELLET Inédit en cours d'écriture
 

Nous avons participé à un voyage en dehors du temps, entre dunes et montagnes de pierre, accompagnant six jeunes avec L'Association Le Lien, un Centre d'Éducation renforcée subventionné par le Ministère de la Justice et la Protection Judiciaire de la Jeunesse. Avec nous, quarante chameaux, une vingtaine de nomades Touareg de tous âges, un guide saharien et une responsable de l'association.. Une curieuse déambulation, égarée dans l'immensité, sans attache, sans rendez-vous, Juste un voyage dans l'univers traditionnel d'un nomadisme qui continue à vivre à l'heure de la mondialisation des esprits... Patricia Baud effectuait un reportage photographique sur les relations de ces jeunes à la tradition Touareg et moi j'écrivais aux heures de pause... Quarante jours de désert, référence biblique s'il en est, oblige ! C'est une sorte d'enfermement à la belle étoile, une vacuité absolue dans un néant où le soleil cogne un peu fortement... 50 degré le matin, 9 ou 10 la nuit, cela laisse guère de fraicheur pour l'imaginaire littéraire...

La traversée fut longue et difficile, physiquement et mentalement. L'esprit était accaparé par l'effort et le corps en souffrance s'évadait souvent. Des pensées vagabondes se posaient sur nos propres vies.

Puis revenaient à la réalité du voyage, celle de l'immensité minérale des paysages, celles des tensions du corps ou du groupe évoluant dans un espace sans limites, terriblement clos, où se succédaient d'étranges paradoxes, nés de la rencontre de l'espace extérieur et intérieur.

Les nomades Touareg devinrent vite incontournables. Il fallait apprendre et partager leur existence, rustre et rudimentaire. Connaissances et observations étaient gageures de vie sur le terrain d'une délicate survie. Réapprendre le geste essentiel, loin des évidences, rencontrer la différence n'était plus une remise en cause mais rudiments d'existence. Avec leurs expériences, les occidentaux étaient contraints de vivre le même tribut, l'immobilité d'un temps répétitif sans réel espace intime.Les places définies au départ s'ébranlaient, les pyramides d'un pouvoir à l'Occidentale s'étiolaient, laissant exploser la vraie nature des individus. Celle qui nous détermine face à l'autre. D'abord l'être, puis le savoir encore trop connoté de dirigisme... Un chemin de connaissance s'ouvrait alors. Littérature et photographie prenaient le relais...

De L'Adrar Madet au milieu du Ténéré au village Touareg d'Iférouane, entre les grandes dunes d'Ifasane et l'Adrar Tamgak, 350 kilomètres à pieds et près de 200 kilomètres à chameau... 400 kilomètres d'Agadez, 1200 de Niamey, 3500 d'Alger...

 

EXTRAITS DE TEXTES DE L'EXPOSITION

C'est le bruit du silence enveloppant les êtres égarés au milieu du Sahara. C'est l'instant des recueillements, des vagues à l'âme, la magie en chaîne des souffles au repos qu'on ne saurait mesurer... Seul, avec si peu, plongé dans une immensité millénaire. C'est de l'ordre d'un recommencement diffus. C'est l'instant où le paysage naturel impose toute une gamme inconnue de sollicitudes... Ici, l'espace s'appartient indépendamment des hommes. S'ils viennent, ils sont chez personne, prisonniers d'une sorte de force inouïe qui égraine les vies au grand sablier du temps. De quelle délicate cruauté le désert jouerait-il l'ambassadeur ? Est-ce une quête de pureté ? Est-ce un moment déraisonnable où l'on tenterait de dépasser ses propres limites ? Je sais qu'il est des instants fragiles où l'agitation caravanière ne compte plus.... La grande caravane venait de traverser sept jours durant un joli bout du Ténéré depuis l'Adrar Madet. Après une très lente progression, un voyage intérieur des plus fantasques succédait au voyage réel. L'eau brillante des mirages prenait corps. Une marée imaginaire faisait et défaisait l'immense grève coupant l'horizon. Le regard changeait de cap et un nouvel océan débordait des pupilles.

La Dépêche du Midi
LA PARABOLE DU DÉSERT

« Âpre, émouvant, hostile, lunaire comme le désert. La belle exposition - photographies et textes - signée Patricia Baud et Alain Bellet suit les pérégrinations d'un caravane chamelière. L'objectif capte l'étrange quotidien de ces hommes et de ces femmes, le rituel immuable de la traversée, les liens étroits qui les unissent à leurs bêtes. Portraits, scènes de groupe au moment de l'escale, lent cheminement dans les dunes qui dessinent un paysage mouvant, redessiné par le vent et la lumière. Il y a ces textes qui disent la chaleur, la nature revêche et ce mode de vie séculaire si éloigné de nos préoccupations occidentales. Les mots disent aussi la rencontre, l'expérience de cet ailleurs qui, au fil du sable, se révèle aussi comme un voyage intérieur... »