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Elle souriait jamais, la frangine. Elle nous matait, simlement, à chacun son tour. Les trognes s'illuminaient comme des sapns, des étincelles fugitives brillaient pour quelques secondes à vivre, et une éternité s'offrait, pour nous autres....
Ce soir-là, le grand Bob était parti en même temps qu'elle, et personne ne l'a jamais revu.
Les questionnements étaient discrets, étouffés, mêmes. Chacun imaginait un miracle, un repêchage en eaux troublées, du travail peut être, à l'autre bout du pays... Qui savait ?
Toujours à minuit, toujours nippée de noir, la frangine de la night moissonnait notre confrérie.
Il est presque minuit, ce soir. Nous sommes à peine une vingtaine à guetter l'horloge. Des hommes, ou ce qui en possède encore l'apparence. La plupart sont déjà vieux, sauf moi. Alors, je pense que c'est mon tour. Elle va venir. Elle va me sourire, m'entraîner derrière ses pas, comme tous les autres types. Comme toutes les autres fois. Elle va éviter de trop parler, la frangine de minuit, de trop se dévoiler, la Dame qui pique...
C'est mon tour et tous les autres me guettent. Ses pas résonnent sur les marches, un SDF va disparaître et personne ne va pleurer.
LA SOEUR DE MINUIT, Nouvelle publiée dans l'ouvrage Requiem pour un Muckraker
Hommage collectif rendu à Marvin H. Albert ÉDITIONS BALEINE /SEUIL - 2000
Là-bas, l'oriflamme tricolore éclipsait la vie. " Léo va bientôt mourir, mais les autres ? "
REGARDE-LES ! nouvelle publiée dans Clin d'Oeil à la Nouvelle - Éditions Alfil (1997)