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 Inédit, texte dramatique à paraître prochainement : Double Jeanne, lecture à Avignon Off 2013

 

Personnages

 
Jeanne, la Pucelle d'Orléans
Claude des Lys, dite Jeanne des Armoises
Robert de Beaudricourt, capitaine de Vaucouleurs
Jean Dunois, bâtard d'Orléans
Gilles de Rais, maréchal de France
Pierre Cauchon, évêque de Beauvais
Charles VII, dauphin, puis roi de France
Yolande d'Aragon, sa belle-mère
Le narrateur
Les voix 

Le texte dramatique Double Jeanne d'Alain Bellet s'inscrit hors du temps de la Pucelle d'Orléans, il est juste un lieu de mémoire, suspendu, un espace de questionnements du mythe, au croisement de recherches historiques peu connues du grand public, toujours prisonnier des vieilles images religieuses ou acquises à l'école Elémentaire, Pas de moutons ici, comme il n'y a jamais eu de bergerie dans l'aventure johannique

 
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ou demander le texte inédit
écrire A.Bellet@wanadoo.fr
 
 
 
   
Remerciements de l'auteur pour l'aide à l'écriture
Bibliothèque Départementale de la Meuse
 
Avant-propos
 
 Le 600° anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc a été fêté par le Président Sarkozy le 6 janvier 2012 à Domrémy et Vaucouleurs. Auparavant, seul Raymond Poincaré avait été le dernier Président de la République à faire le voyage " Vigilance, résistance, unité, tel est le message de Jeanne d'Arc ", scanda François Mitterrand en 1982 avant de réciter par cur du Michelet : " Elle aima tant la France ! Et la France touchée se mit à s'aimer elle-même. " Jules Michelet l'historien, mais surtout le précurseur de la communication politique, le fondateur du mythe républicain de la Jeanne patriote et sublime, forcément issue du peuple ! Ne laissons pas la courageuse jeune fille entre les mains de l'extrême-droite, mais pas davantage dans celles des clergés officiels, chargés du culte saint ou du mythe patriotique, s'abreuvant souvent aux mêmes mamelles. Si l'Histoire est une science, que font nos scientifiques à expliquer avec beaucoup de mal l'intervention divine, les saintes voix de la gamine et les compétences équestres, militaires ou linguistiques, acquises en trois coups de pichenette miraculeuse ?
Six cents ans après l'aventure johannique, il est souvent malaisé de soulever les voilures des très vieilles idées reçues sans prendre des coups de crosses épiscopales ou se faire traiter de " révisionniste " !
Jeanne était croyante et pieuse, cela ne fait aucun doute, mais la mise en mouvement du personnage peut aussi provenir de volontés extérieures, notamment celles de stratèges politiques de son temps.
La force de conviction déployée par la Pucelle, l'attente de miracles salvateurs, son rôle de passeuse de voix célestes, la transcendance de sa volonté en courage collectif, participent de la création d'une légende efficace, apparue de son vivant même. Jeanne rassemble, tout comme elle exclue, elle enchante, tout comme elle focalise les haines de ses ennemis. De par sa posture, de par la romance échevelée qu'elle interprète de son plein gré, Jeanne demeure l'héroïne de nos livres scolaires. Vercingétorix, Clovis et Jeanne, en un tour de mains, voici la Patrie pourvue et pour longtemps d'efficaces figures de proue.
Pourtant, écrits dès les XV° et XVI° siècles, quelques textes s'insurgent contre les imageries simplistes, un pape s'amuse même de la légende de la pauvre enfant menée comme une aveugle par les saintes voix " Il en est qui pensent que les grands du royaume s'étant divisés en présence du succès des Anglais, l'un d'entre eux aurait imaginé ce stratagème " écrit le pape Pie II.
En 1440, Martin Le Franc (secrétaire du Concile de Bâle) note : " était un fier prince et non simplette bergerette ! " Jeanne aurait-elle été une sorte de sauveur charismatique, un " berger des âmes " programmé par avance ?
 Certains auteurs choisissent de l'inscrire dans l'histoire familiale de la branche cadette de la maison royale de France. Fille adultérine de la reine Isabeau de Bavière et de son amant Louis d'Orléans, elle serait née en 1407, année où l'on enterre de nuit et sans témoin, un garçon illégitime, un mort-né de la reine, dont personne ne connaît la sépulture Et si l'enfant avait été une fille bien vivante ? Jeanne serait-elle Jeanne d'Orléans, dont l'action à venir constitue une arme psychologique de la famille royale, maltraitée par l'Angleterre et la Bourgogne ? A constater l'enthousiasme des foules, le courage renouvelé, la mission fonctionne à merveille dès l'arrivée de Jeanne en bord de Loire et durant ses campagnes militaires.
Quel que soit le " secret " de la Pucelle dont elle n'a jamais avoué la teneur à ses accusateurs, elle l'a sans doute confié au dauphin à son arrivée à Chinon. Elle l'évoque aussi lors de l'examen de Poitiers devant les autorités ecclésiastiques du parti Armagnac chargés de mesurer sa foi et d'évaluer la confiance qu'ils pouvaient accorder à sa démarche. Quelles que soient les zones ombrées de l'origine de Jeanne, elle a été et demeure une importante personnalité historique... Au gré de ses chevauchées, la légende vivante enfle, invincible, incontournable, faisant de la jeune femme l'ennemie principale des Bourguignons et des Anglais. Sans elle, l'affaire était réglée. Mais elle ne pouvait n'être qu'hérésie, sinon, le dieu des chrétiens aurait abandonné ses ennemis, voués à l'Enfer. Et si l'Histoire officielle éparpille toujours les cendres de Jeanne, un autre courant de pensée, souvent controversé, existe. De fausses Jeanne apparaissent. Cachée près de quatre ans sous le nom de Claude des Lys, Jeanne, survivante, aurait-elle refait surface, mariée en 1436 avec Robert des Armoises, un chevalier de la famille de Beaudricourt, présent près de Jeanne au siège d'Orléans ? Devant notaire, cette aventurière revêtant aussi l'armure devient Jeanne des Armoises. La Pucelle n'est plus, mais la guerrière qui aurait eu deux enfants continue un temps ses chevauchées anti-anglaises en se faisant passer pour Jeanne. Mythe mystique contre mythe réfléchi ? Mystifications ?
La légende de la bergère inculte et débonnaire, toute emplie de voix célestes, reprend de la vigueur à la fin du XIXe siècle lorsque la France vaincue par Bismarck se cherche des icônes. Les héros de la Révolution Française sentent encore le souffre et l'anticléricalisme, alors Jeanne la petite Lorraine s'impose comme symbole fondateur de la République versaillaise ayant vaincu les insurgés parisiens.
Au plus près du peuple, elle doit lui ressembler, dans ses maladresses, sa bienveillance, sa naïveté, bien loin des fleurs de lys. Après un procès en béatitude ouvert en 1887, l'Eglise romaine canonise sa victime en 1920 pour tenter de reprendre la main, après les lois de séparation de l'église et de l'Etat, dans le domaine des représentations héroïques. Bien des documents manquent encore aux chercheurs, les minutes de l'examen de Poitiers par exemple. Dorment-ils toujours dans les caves vaticanes ?
Alors bien sûr, reste à avaler le coup de main donné aux anges par les dirigeants politiques de son temps, demeure l'image forte de la bâtarde royale plutôt que celle de la sainte nitouche pastorale aux capacités reçues d'ailleurs, malgré sa volonté propre. Chacun fera son chemin de la geste de Jeanne, elle reste une étonnante femme hostile aux règles séculaires et aux moeurs machistes de la fin du Moyen âge, capable de rassembler les voix discordantes en invoquant les siennes.
La Pucelle d'Orléans demeure un magnifique personnage, théâtral et romanesque. Le texte lui donne la parole, comme aux ombres surgies d'hier pour se revendiquer d'elle ou la côtoyer de près...
 
 
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